Le poème du mois.

Samedi 2 août 2008
Nous sommes déjà le 1er août. Le temps passe extrêmement vite en ce moment pour moi. Est-ce la même chose pour vous ?
Le début du mois d'août représente pas mal de choses et celle qui me vient à l'esprit c'est que cela rapproche d'autant plus le mois de septembre, la rentrée, le boulot, la prépa ! \o/
Mais surtout qui dit le premier jour du mois, dit un nouveau poème du mois pour ce blog qui, malheureusement, a tendance à être bien endormi...
Bref, revenons à l'ordre du jour, le poème du mois !
J'ai choisi tout simplement un poème qui est lié à ma future hypokhâgne, mais aussi à ce que j'aime, sinon ça ne sert à rien de vous le faire découvrir.
L'heureux élu s'est très vite porté sur Shakespeare et ses Sonnets. Partant de là, je me suis totalement laissée portée par une vieille amie : le hasard. C'est ainsi que je suis tombée sur le sonnet 7 et finalement, il me plaît bien.
J'espère que cela sera la même chose pour vous !

Les * sont les notes présentes dans l'édition que j'ai et qui me semblent très utiles pour une certaine compréhension.
Encore fois, je me suis amusée à mettre à l'honneur la langue de Shakespeare (sans jeu de mots aucun ^^) tout en donnant la traduction française.


VII.

Lo, in the orient when the gracious light
Lifts up his burning head, each under eye
Doth homage to his new-appearing sight,
Serving with looks his sacred majesty,
And having climbed the steep-up heavenly hill,
Resembling strong youth in his middle-age,
Yet mortal looks adore his beauty still,
Attending on his golden pilgrimage.
But when from highmost pitch, with weary car,
Like feeble age he reeleth from the day,
The eyes, 'fore duteous, now converted are
From his low tract, and look another way.
So thou, thyself outgoing in thy noon,
Unlooked on diest unless thou get a son.

in Sonnets, William Shakespeare, 1609.

[ Vois ! lorsqu'à l'Orient le gracieux* luminaire**
Lève sa tête ardente, chaque oeil en ce bas monde
Veut rendre hommage à son apparition nouvelle
Et sert de ses regards sa majesté sacrée ;
Et il a gravi l'escarpement du ciel,
Image de jeunesse en la force de l'âge***.
Les yeux mortels encore adorent sa beauté,
Suivant la voie dorée de son pèlerinage.
Mais quand, du plus haut ciel, son char lassé dévale,
Tel un faible vieillard, et roule loin du jour,
Les yeux, si déférents naguère, se détournent
De son couchant et portent leur regard ailleurs.
Ainsi, toi-même, après ton midi****, tu mourras
Perdu de vue, si tu n'engendres pas un fils*****

* gracious. "gracieux" doit s'entendre en un sens encore répandu au XVIIe siècle : bienveillant, comme un "gracieux souverain"
** light. Non la lumière mais le soleil, ici personnifié.
*** Gardant la force de la jeunesse alors qu'il est à mi-parcours ; l'analogie avec la vie humaine est reprise par "vieillard".
**** thyself outgoing. Terme ambigu : "going out" au sens de "partant" ou "s'éteignant" est l'interprétation la plus simple.
***** calembour entre "son" et "sun" : engendrer un fils, c'est engendrer un nouveau soleil. ]


Par lilyrose
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Mardi 1 juillet 2008

Tout abord, petite aparté au thème de ce nouvel article : le BAC étant fini, et n'ayant que mes yeux pour attendre les résultats, je vais enfin pouvoir reprendre un rythme de publication plus soutenue !
Mais pour l'heure, voici le poème du mois de ce blog, qui va, je l'espère, un peu le dépoussièrer après un mois d'absence. .

Ce mois-ci, j'ai choisi un poème bien différent des deux qui ont précédé. Je n'ai pas pu m'empêcher de célébrer mes origines espagnoles via ce poème. En effet, même si au premier abord, ce n'est pas évident, j'ai bien du sang andalou qui coule dans mes veines, et ce n'est pas sans fierté que je le dis... ^^
Alors, quoi de mieux pour en parler que de vous faire partager ce poème d'Alfred de Musset : "L'Andalouse".

                                      

L'Andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d'automne !
C'est ma maîtresse, ma lionne !
La marquesa d'Amaëgui !

J'ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j'ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple et sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l'inonde,
Plus longue qu'un manteau de roi !

C'est à moi son beau corps qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir.

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu'elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu'on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Et qu'elle est folle dans sa joie,
Lorsqu'elle chante le matin,
Lorsqu'en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d'été !
Je veux ce soir des sérénades
À faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété.

In Première Poésies, Alfred de Musset, 1829-1835


Par lilyrose
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Dimanche 1 juin 2008
Pour ne pas que ce blog croule sous la poussière, voici le deuxième poème du mois de ce blog intitulé "Funeral Blues" du britannique Wystan Hugh Auden.
Pourquoi celui-ci plus qu'un autre en ce nouveau mois qui pointe le bout de son nez ? Ce choix est entièrement dû au film Quatre mariages et un enterrement que j'ai revu il y a peu. C'est un poème que déclame avec émotion Matthew (John Hannah) lors du dit enterrement.
C'est un passage qui m'avait beaucoup émue à l'époque où je l'ai vu pour la première fois, pour différentes raisons et je suis sûre qu'il parle à chacun de nous. Je préfère mettre à l'honneur la langue de Shakespeare pour vous le présenter (parce que c'est incroyablement plus poétique comme ça ^^) mais je rajoute quand même la traduction et le passage du film parce que je ne m'en lasse pas (et encore plus du petit accent écossais de Josh Hannah ^^).


Funeral Blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message : "he Is dead",
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
For away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.
For nothing now can ever come to any good.

in Two Songs for Hedli Anderson, Wystan Hugh Auden, 1936

[ Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
Empêchez le chien d'aboyer avec l'os que je lui donne
Faites taire les pianos et les roulements de tambour
Sortez le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent ces trois mots : « il est mort »
Nouez des voiles noirs aux colonnes des édifices
Gantez de noir les mains des agents de police.

Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démontez la lune et le soleil
Videz l'océan, arrachez les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.]


Le passage dans le film (en anglais) :


Par lilyrose
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Jeudi 1 mai 2008
Les deux mois qui s'annonce vont être pour moi très chargés entre les révisions pour le bac, le bac en lui-même, le swap bucolique, et j'en passe.Ce qui veut dire qu'il y a de grandes chances pour que je délaisse ce blog quelque peu, mais promis, je ne vous oublie pas ! ^^

Toutefois, j'inaugure aujourd'hui une initiative qui j'en suis sûre deviendra une tradition sur ce blog : le poème du mois !
Comme son nom l'indique, je vous ferais partager chaque moi soit un poème qui m'a marqué particulièrement, soit un poème trouvé au hasard mais qui aura ce petit plus qui lui vaudra d'être choisi par mes soins.

En ce jour du 1er mai (consacré chez moi à la reine du muguet... ^^), j'ai choisi un poème que j'ai découvert l'année dernière, en feuilletant mon manuel de français : "La mort du loup" d'Alfred de Vigny, publié dans les Destinées (1843).
Pourquoi celui-ci plus qu'un autre ? Tout d'abord, ma curiosité a été titillée par le titre, aimant particulièrement les loups, ça ne pouvait qu'attirer mon regard. Quant à mon choix de lui réserver la place d'honneur, c'est surtout à cause du fait qu'il m'a tellement marqué qu'il est encore aujourd'hui un de mes poèmes préférés et je sais qu'un jour ou l'autre, j'entrerais dans une librairie pour acheter au minimum les Destinées et qui sait, plus si affinités.... ^^


La mort du loup.

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la fa im,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : "Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

In Les Destinées, Alfred de Vigny, 1843.
Par lilyrose
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